La Peyrette - Verdun09

La Peyrette - Verdun09

Sur les traces des Orpailleurs

 L’or une histoire d’archives

S’il est bien un mythe dans la tradition orale et écrite ariégeoise, c’est celui de l’or !
A tel point qu’on a voulu y voir l’origine du nom de la rivière Ariège et par voie de conséquence celui du département , alors qu’il s’agit d’un simple hydronyme relativement fréquent dans les Pyrénées.
Il est vrai que l’Ariège et bien de ses affluents charrient des paillettes d’or. L’orpaillage y est attesté depuis l’époque gallo-romaine.
Quant aux auteurs anciens, de Théophraste, Diodore de Sicile, Pline l’Ancien en passant par Poseidonios et Strabon, ils sont formels : « les Pyrénées fournissent un or particulièrement pur ».
Comme en témoignent de nombreux mémoires, l’orpaillage a été très actif jusqu’au 17ème siècle, dans l’Ariège, essentiellement entre Crampagna et Saverdun avec Pamiers comme centre. Mais aussi dans le lit de la Lèze, de l’Arize et du Salat, en aval de Saint-Girons.

A Pamiers, chercher et recueillir de l’or de l’Ariège était un précieux privilège que les habitants défendaient dès 1477 devant le conseil de ville. Lorsque le comté fut rattaché à la couronne sous Henri IV, ce privilège fut confisqué et il fut attaché à la Monnaie de Toulouse, qui l’accordait au nom du roi, à la seule condition de vendre l’or au change de la monnaie.

Les orpailleurs étaient surtout des paysans et des pauvres gens. Ils faisaient cette cueillette avec des moyens très rudimentaires. Les meilleures récoltes avaient lieu après de fortes crues.
Mais à partir de 1755, les propriétaires les chassèrent violemment pour exploiter eux-mêmes les sables aurifères. Au début du 19ème siècle, il ne restait pratiquement plus un orpailleur. De 1850 à 1938, il y eut une véritable ruée vers l’or qui amena une foule de prospecteurs issus de tous horizons professionnels (mécanicien, pharmaciens, dessinateur, etc.).

La « fièvre de l’or » s’empara des gens et une multitude de demandes d’autorisation de recherche fut adressée au service des mines. Il eut des recherches dans des zones inattendues car on croyait voir de l’or partout. Il semble que rien de sérieux ne fut fait et on laissa l’or alluvionnaire dans son sable.

Texte et crédit photo : Robert-Félix VICENTE


Verdun: terroir viticole

Le vin est une longue et belle histoire car depuis la nuit des temps on cultive la vigne, et on boit du vin.

La vigne sauvage (Vitis silvestris) a sans doute été consommée par l'homme dès le paléolithique. Le vin c'est le savoir des hommes et des femmes, le produit de leur travail à travers la viticulture, la vendange et la vinification.
Si l'origine de la vigne cultivée (Vitis vinifera ou espèce européenne) est plus obscure,le vignoble ariégeois est très ancien, et a tenu une place importante dans l’histoire de l’Ariège.

Il s’étendait de la Vallée de la Lèze, en passant par la Vallée de l’Ariège vers la Vallée du Douctouyre, aussi, Le bassin de Tarascon, plus abrité que celui de Foix, offre à la vigne, avec ses terrasses alluviales et les flancs de ses chaînes calcaires un site également favorable.

Les plus anciens vignobles ariégeois (Appaméens et Varilhois) datent des siècles antérieurs à l’an 1000.
Le document le plus ancien, conservé aux Archives Départementales de l’Ariège, est un acte de vente d'une vigne à Queille (près de Mirepoix) en 971, le texte est écrit en latin sur parchemin.

Michel Chevalier précise que la présence de la vigne est attesté dans les textes anciens depuis au moins le XIIIème siècle et apparaît comme une marque de la colonisation agricole des Pyrénées par le monde aquitain.

Les Pyrénées Ariégeoises n’ont possédé de cépage indigènes; elles ont dû les emprunter, comme la culture même de la vigne, à leur environnement aquitain ou méditerranéen. Daniel Faucher parlait lui d’une «agriculture d’imitation».

La culture de la vigne est mentionnée à Foix en 1216, à Caraybat en 1246, dans la haute Ariège à Tarascon au moins depuis 1217, dans le Lordadais vers 1267, en 1550 à Unac, en 1682 à Ax à l’extrémité amont du Val d’Ariège..
La vigne fait donc partie de façon immémoriale du paysage rural des Pyrénées Ariégeoises.

Malgré le recul général de la vigne depuis 1789, du fait de l’ouverture des routes qui permettent l’arrivée à bas prix des vins du Bas Languedoc, l’essai sur la statistique du département de l’Ariège par Pierre Dardenne entre 1802-1805, nous apprend que les vignes et les hautains occupent environs le dixième des terres cultivables du département. L’enquête agricole de 1829, concernant l’évolution de la viticulture en Ariège, révéla une forte concentration de vignes dans les cantons du Mas d’Azil, du Fossat, de Varilhes, de Pamiers, de Saverdun et de Mirepoix. Toutefois, la présence de vignes jusqu’à 800-900 mètres d’altitude témoigne de l’attrait très fort pour cette culture, souvent qualifié de culture secondaire dans les statistiques officielles.

Un vignoble montagnard de renommée locale.

Verdun à 600 m d’altitude, protégé par de hautes montagnes qui brisent les vents et concentrent les rayons solaires sur la vallée, bénéficie d’un climat favorable.
On y voit mûrir la figue, la pêche et le raisin à la base de ses escarpements.

La vigne et le vin ont toujours joué un grand rôle dans l’histoire de cette commune, comme en témoigne l’ancien cadastre dit napoléonien, établi (vers 1820-1830).
Les traces parcellaires sont encore visibles aujourd’hui du côté d’Enbrusties, d’Esparre, Cargadou et Cousole, derriere l’église, Cadefols et Ille, Bobis, Sigoule, Carraillé et Bastien, Darré Enflourens, Coumanines et Espital, Courazots, Bouade et Labinal, Emplaü et Peyret, Goutilongue et Bexanette, Montjoye et Ricou, Pech Martine, Touronc et Fourmentax , Bexane et Fournels… et même à Rouyré et Coussols.

La vigne étendait au loin sa robe de verdure et c’était de loin le terroir viticole le plus important du canton.
C’était l’exception locale et, il avait constitué par excellence le domaine du vignoble montagnard.

L’on pouvait compter à Verdun, en 1829, 45 ha de vignes et 15 ha de hautains, soit 60ha36a d'espace viticole (63ha36a en 1880), pour 298 ha de labourables, 2ha 31 de jardins, 64 ha de prés, 458 ha de pâtures, 259 ha de bois…
Ces 60 ha ont fournit un peu de vin, mais en totalité destiné à la consommation locale.

Dans le canton des Cabannes en 1852, on comptait un peut plus de 115 hectares de pieds de vigne (dont 474 hectares de pommes de terre) pour une production de 2007 hectolitres de vin rouge. L’année ordinaire un peut plus de 2509 hectolitres.

En 1854, Alzieu des Cabannes écrit au président de la société d’agriculture de l’Ariège: «…que les pieds des roches schisto-calcaires de la rive droite se cache sous les pampres, et Verdun a acquis une renommée locale, à cause de ses vins assez agréables au goût, quoique peu chargés d’alcool.
..Il serait possible, sans doute, de les rendre plus spiritueux, en ne conservant des 7 ou 8 variétés répandues sur nos coteaux, que celles qui y mûrissent le mieux ; mais on s’obstine à vouloir acclimater les produits du Roussillon et de la Catalogne, et ces pays sont relativement trop chauds pour se marier avec nos montagne
s».

La bigno de montagno, un an de bi et set ans ramou

En effet, le raisin, quand la vigne en produit, ne mûrit presque jamais correctement, et, il est à peine besoin d’insister sur l’aspect défavorable du milieu climatique.

En fait, ces anciens cépages: les Durasé, le Mourastel, raisin noir de Foix, les Picquepoul, les Mauzac, etc... étaient presque tous des variétés tardives et mûrissaient comme ils le pouvaient au cours de l’arrière saison.

Ces cultures sont souvent marginales, et n’assurent pas l’auto-suffisance de l’importante population de Verdun ( 744 habitants en 1846), pareil pour les nombreux habitants des montagnes ariégeoises.
Et aussi, l’été ou pour les cabarets et les jours de fête, il fallait faire appel aux vins de l’extérieur. Car, le montagnard Ariégeois, si misérable fût-il, était en effet, un buveur de vin.
Les vins noirs du Roussillon étaient par excellence le vin des forgeurs.

Les plus mauvaises terres consacrées à la vigne
Les vignes qui tapissent les flancs ensoleillés, du Quié de Verdun et du cône de déjection, étaient situées sur d’étroites terrasses.
Les innombrables gradins (aujourd’hui domaine de la broussaille) sont coupés de petites murettes qui non seulement retiennent les terres, mais procurent aux vignes les avantages de la réverbération.

Chaque gradin est occupé par une voir deux à trois lignes de ceps, soutenues parfois par des treillages horizontaux, situés à 0,80cm , 0,90cm et 1 mètre au dessus du sol.
Le sol compte peu: en fait, ce sont souvent les plus mauvaises terres que l’on destine à la vigne.

En bordure de l’Ariège, sur les terres alluviales, on y trouve les ceps de vignes en hautains qui grimpent parfois à la hauteur de 2m50 à 3 mètres, appuyés parfois sur des érables qui leur servent de tuteurs ou, associés dans les vergers au cerisier, au pêchers, au prunier ou au pommier, ainsi que les noyers et châtaigniers.

On plante ces hautains à quatre ou six mètres l’un de l’autre.
Ainsi éloignés et élevés, ils ne sont d’aucun obstacle pour laisser labourer les champs qui les nourrissent et les cultures accessoires de blé, de pommes de terre, de maïs, de seigle, de haricots, etc…

Cette forme de culture résiste mieux aux contraintes du climat local, aux gelés tardives et à l’humidité des sols.
C’est aussi le mode de culture des terroirs agricoles exigus, des petits paysans/ouvriers désireux de faire «un peu de tout» sur leurs quelques parcelles.

Quoi qu’il en soit, la fonte des neiges, époque de la taille de la vigne, est aussi celle où on la plante.
On défonce le sol, et, à l’aide du plantoir, on y fixe les chapons (bouture ou crossettes), qu’on entoure de fumier.

Chaque année, la bêche enlève les plantes parasites, et le jeune cep se couvre de raisins (en principe) dès la troisième.
Les vendanges se font à la mi-octobre. Le fruit écrasé, jeté dans la cuve et soumis pendant un mois à la fermentation, donne environs 16 hectolitres de vin par hectare.

Un produit médiocre, la «piquette»

Si, d’après Dardenne: «c’est une boisson que le paysan aime passionnément», la qualité du vin local n’a jamais manqué de frapper le palais des voyageurs pyrénéistes de passage.

Un dicton affirmait du «vinaigre bleu» de Foix qu’il fallait le boire à quatre: un pour avaler et trois pour retenir.

Selon Etienne François Dralet, on trouve en 1813: «… des vignobles jusqu’aux environs des villages les plus élevés de montagnes et les habitants en relèvent un vin sans force et sans agréments qu’ils réservent pour abreuver les ouvriers dans les temps des travaux...».

Mais, nul doute , que la qualité des breuvages obtenus à partir de ces pieds de vignes, essentiellement des hautains, dont la médiocrité est proverbiale devait être exécrable.
Il se conserve pas plus d’un an et ne souffre pas le transport dit-on en 1788.

D’ailleurs «les habitants de nos montagnes sont les seuls qui puissent le boire» dit-on en 1829. Souvent, on ne pouvait consommer ces vins malsains et facilement corruptibles qu’en les coupants avec des vins du Roussillon ou du Haut Languedoc.

Dralet, nous informe, qu’il arrive « … que le vin que l’on fait avec ces raisins (hautain) est toujours âpre, vert et généralement d’assez mauvaise qualité, malgré cela il y a des particuliers qui, après avoir retiré le vin de la cuve, font jeter de l ‘eau sur le marc pour faire ce qu’ils appellent du second vin.
Mais le premier n’est presque pas potable, qu’on juge du second. Ni l’un ni l’autre ne sont salutaires et si l’on en fait trop fréquent usage, ils procurent souvent des coliques douloureuses et très vives».

D’après Alzieu, « ...l’hectolitre se vend au prix de quinze francs, … et procurent peut-être, par leur acidité, quelque maladie de plus au canton».

Depuis la terrible année de 1789 qui vit périr par le froid pratiquement les 6896 ha de vignes du futur département de l’Ariège , on a énormément planté, le nombre d’hectares de vigne passa en 1829 à 7233 ha.

L’activité viticole pris dans le département de plus en plus d’importance de 1830 à 1879 (12568 ha en 1848, 11734 hectares en 1866): elle s’impose sans difficulté au sein d’une région déjà agricole.

A cette ascension lui succéda la crise due au phylloxéra. Bien qu’apparu en France en 1865, ce minuscule mais dramatique puceron, venu d’Amérique, n’atteindra le vignoble ariégeois qu’en 1879, pour pratiquement l’anéantir au début du XXème siècle.
Si la polyculture était la règle, l’Ariège ne comptait plus que 5260 hectares de vignes, selon la statistique agricole de 1914 .

En 1936, après, plusieurs campagnes d’arrachages on trouve encore 53 hectares de vignes dans le canton des Cabannes, dont la plupart à Verdun.

En 1956, le département de l’Ariège comprend 342 communes, dont 121 ne sont pas ou plus viticoles. La même année à Verdun, on compte 45 exploitants pour 72 parcelles de vignes dont 37 à moins de 0ha25 et 8 parcelles entre 0ha25 à 0ha99, soit au total une contenance de 7ha83a pour une consommation exclusivement familiale. Qui se décline ainsi : 3ha08a de cépage de cuves vinifera, 4ha04a de cépage de cuves hybrides, 68a de vignes abandonnées et 2a de Cépage de table viniféra
On continuera de planter dans la commune jusqu’au début des années 1960: 2ha67a en 1914, de 1920 à 24 (9ares), de 1945 à 1949 (11a60ca), de 1950 à 1954 (1ha50a), de 1955 à 1958 (38a54ca).

En 1958 les différents cépages, en proportions très variables, que l’on trouve dans la commune sont pour la plus grande superficie les hybrides divers de cuve (2ha32.22), le Grand Noir de la Calmette (1ha94.43), puis le Seyve Villard 18402, l’Alicante Bouchet , Seyve Villard 18315, Aramon Noir, Vinifera divers de cuve, Terret Gris, Seyve Villard 18283, Seibel, Clairette Blanche, Mauzac Rosé, Négrette, Jurançon Rouge, Muscat de Hambourg, Merille et enfin le Valdiguié.

A noter que le Muscat de Hambourg sera exclusivement cultivé dans la région pyrénéenne à Verdun et cela sur une superficie de 0ha2a.00 (pour 3ha67a dans la plaine de Pamiers).

L’histoire vinicole ariégeoise a bien failli s’achever au début des années 1950, pour n’atteindre que quelques hectares en 1990.

Adieu, pressoir, tonneaux et comportes !

La crise du phylloxéra constitue une véritable rupture dans l’histoire viticole de nos montagnes. La plupart des petits propriétaires, après avoir lutté quelques temps contre le phylloxéra, fatigués de travailler des vignes de cépages traditionnels qui ne leur donnaient que des récoltes de plus en plus faibles et de qualité de plus en plus médiocre. C’est le début du déclin. Ils se sont mis à arracher les vignes sans les remplacer, laissant en friches les pentes trop raides, inaccessibles à l’emploi de la traction animale.

L’accumulation de facteurs défavorables tels que la Première Guerre Mondiale, l’industrialisation et l’exode rural ne permettront pas la réimplantation immédiate des vignobles ariégeois à la suite de cette crise qui a affaibli les viticulteurs moralement et financièrement.

Comme bien des populations méridionales, les Verdunois ont toujours eut le désir et la fierté de produire leur vin eux-mêmes. Si le vin n’était pas un produit d’importance vitale, c’était en quelque sorte aux yeux de ces populations souvent misérables, un produit de civilisation.

Selon Michel Prat , «les vendanges ont toujours été perçues, indissolublement, comme travail et fête. (..)»

Verdun à perdu son ancien et important vignoble ,et si aujourd’hui, on n’entend plus le cri des vendanges qui monte du pressoir voisin; voilà qu’en 1998, une poignée de producteurs ont trouvé l’énergie de relancer, en quelques années, cette économie viticole dans certaines localités de la basse Ariège.

Un nouveau vin est né: le vin ariégeois , millésime 2001 est baptisé « Renaissance ».
Il n’a de chances de durer qu’en persévérant dans l’excellent. Tout ce petit monde ne cultive que 42 hectares! … et produit 220.000 bouteilles.
Et si, «la qualité est souveraine face à la quantité», on peut dire que l’Ariège est redevenu un département viticole dans les listings européens.

Pour concilier plaisir du vin et de la montagne, goûtez à l'ivresse des cimes et gare au mal des montagnes.
Quoique consacrée au vin cette étude peut être complétée sans modération.

Dictons populaires du canton des CABANNES: Les raisins de mai emplissent le chai. Qui terre de montagne laboure, un an rit et sept ans pleure !

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé . A consommer avec modération.

Texte : Robert-Félix Vicente
Photos : ©AriegeNews 2006


Maires de Verdun

Période           (Population)            Maire                                    Adjoint

1800-1806           (545)                      ALZIEU Bernard                      MIQUEL Jérôme
1806.                  (587)                      ALZIEU Bernard                      BONNANS Jean
1807.                                                ALZIEU Bernard                      DOUMENS Jouany J.Baptiste

1807-1814                                         DOUMENS Jouany J.B              MIQUEL Peyrette jean

1815.                                                ALZIEU Ignace                        ROUZAUD Augustin

1815-1820           (653)                      DOUMENS Jouany J.B              MIQUEL Peyrette jean

1821-1822                                         SABATHIER François               MIQUEL Peyrette jean

1822-1827           (702)                      MIQUEL Peyrette jean              ROUZAUD Augustin

1827-1830                                         ROUZAUD Augustin                 LAZAYGUES Thomas

1830-1831           (704)                      ALZIEU Séguéla Gabriel           MIQUEL Peyrette jean

1832-1835                                         ROUZAUD Augustin                 DOUMENS Jouany Jean Pierre

1835-1837           (703)                      ROUZAUD Augustin                 DOUMENS Jouany Jean Baptiste
1837.                                                ROUZAUD Augustin                 BUC Jean Bardouil

1838-1840                                         BERNADAC Jean fustié            BUC Jean Bardouil

1840-1843           (672)                      BERNADAC Jean fustié            ROUZAUD Augustin
1843.                                                ROUZAUD Augustin                 LAZAYGUES Thomas

1843-1846           (744)                      ROUZAUD Augustin                 BERNADAC Jean fustié

1846-1848                                         ROUZAUD Augustin                 SOULE Jean

1848-1855           (714)                      BERNADAC Jean fustié             FOURNIE Bernard

1855-1860           (635)                      SABATHIER François                DOUMENS Pierre

1860-1863           (594)                      DOUMENS Pierre                      SABATHIER Bernard Célestin

1863-1864                                         REGNIER Barthélémy               SABATHIER Célestin

1864-1866           (541)                      SABATHIER Célestin                 MIQUEL Jean Baptiste Pécaigne

1866-1871           (492)                      SABATHIER Célestin                 REGNIER Crépin
1871.                                                SABATHIER Célestin                 DOUMENS Pierre

1872-1874                                         REGNIER Crépin                       DOUMENS Pierre

1874-1876           (453)                      REGNIER Barthélémy                AUGE Jean

1876-1880                                         SOULE Mathieu                         BERNADAC Guillaume

1881-1883           (439)                      SOULE Mathieu                         CLAVERIE Cyprien

1883-1885                                         DOUMENS Pierre                      GALY Guillaume

1885-1889           (433)                       BERNADAC Jean fustié             AUGE Martin

1889-1897           (408)                       SOULE Mathieu                        AUGE Martin

1897-1899           (397)                       ALZIEU Pierre                          AUGE Martin

1899-1901                                          BRIBES Félix                           AUGE Martin

1901-1904            (352)                      BRIBES Félix                           CLAVERIE Cyprien

1904-1905                                          BRIBES Félix                           AUGE Martin

1905-1909           (322)                       BUC Célestin                           CLAVERIE Crépin

1909-1920           (319)                      AUGE Martin                             SUBRA Jean Baptiste

1920-1924           (286)                      FAURE Bernard                         MIQUEL Marius

1925-1930           (295)                      MIQUEL Osmin                          ALZIEU Albert

1930-1935           (283)                      PAPY Baptiste                           ALZIEU Albert

1936-1947           (270)                      LAUGIE Albert                          ALZIEU Rodolphe

1947-1953           (265)                      ROUZOUL Henri                        ALZIEU Rodolphe

1953-1959           (269)                      RAUZY Etienne                         ALZIEU Rodolphe

1959-1965           (247)                      RAUZY Etienne                         MOURAREAU Maurice
1965.                                                MOURAREAU Joseph                 BERNADAC Paul

1965-1988           (210)                      BERNADAC Paul                       PAPY Marcel
1973                   (184)

1988-1989           (160)                      BERNADAC Paul                       ESTEBE Lucien

1989-1993           (154)                      ROQUES Christian                    PAPY Marcel

1993-1995                                         PAPY Marcel                            MARFAING Jean Claude

1995-2001                                         CASTELLS Michel                     LACUBE Philippe
1999                   (183)

2001-2007                                         CASTELLS Michel                     KEFF Jean-Claude

2007-                                                KEFF Jean-Claude




La Saga des Surnoms de 1790 à 1892

La Saga des Surnoms de 1790 à 1892

Ou petite contribution à l'histoire du village et des anciens Verdunois en forme de "devoir de mémoire" pour tous

SURNOM, substantif masculin, signifie un nom ajouté au nom propre ou au nom de baptême, pour désigner une personne de telle ou telle famille.
Selon le Trésor de la Langue française, le surnom est un « nom formé, par addition au prénom ou au nom d'une personne d'un terme, mettant en relief le plus souvent une particularité physique, une qualité morale ou une action d'éclat (Philippe Le Hardi, Napoléon le Petit) » ou encore une « appellation familière ou pittoresque que l'on substitue au véritable nom d'une personne », tel que Nana…
Le surnom est un attribut que l'on donne mais aussi que l'on reçoit. Il y a la loi et la juridiction liées à l'acte de nommer, mais aussi un usage, une pratique. C'est le cas du pseudonyme et du surnom. « Le surnom est une appellation que l'entourage donne à une personne, d'une manière constante et publique : il n'est pas choisi par l'intéressé, mais lui est imposé par son milieu. »

Tous les surnoms n'ont pas une justification révélée , la plupart même sont d'origine inconnue. Ils ont été, pour un certain nombre d'entre eux du moins, à l'origine des patronymes et ont le même rôle qu'eux .
Dans une société en expansion, des confusions peuvent apparaître lorsque des patronymes se répandent au point de devenir majoritaires. Les noms patronymiques se répétant à chaque génération par le nombre d'individus mâles naissant dans une même famille, il arrivait souvent dans nos villages de Haute Ariège que plusieurs individus portent le même nom et le même prénom. C’est ce que l’on appelle l’homonymie. Alors pour les différentier, on leur donnait un surnom.

A Verdun par exemple, les Doumens et les Miquel sont devenus si nombreux que ces familles se voient affublées d'un surnom de nécessité qui est devenu indispensable pour reconnaître le cercle familial: il y a les Miquel dit La Ruffe, les Miquel dit barestiol…, les Doumens dit cayrot, les Doumens dit jouany, etc... Tous ces surnoms ont été ceux d'un des membres de la famille et se sont transmis à sa descendance.

L'usage des surnoms et des sobriquets, s'il a toujours court chez nous n'a plus l'ampleur qu'il avait dans le village il y a une cinquantaine d'années.
Aujourd'hui c'est une pratique tombée en désuétude plus personne n'utilise ces surnoms sauf nos aînés de plus de 80 ans.
A cours de nos recherches, nous avons eût la chance de trouver, dans les actes des registres paroissiaux puis de l’état civil, la mention d’un grand nombre de ces surnoms.
Si le prêtre et le maire les ont transcris, cela signifie sans doute que leur usage était très important pour l'identification de la personne concernée. Il convient donc de ne pas négliger cette indication.
Ainsi que pour l'histoire des familles et l’étude généalogique, le surnom peut présenter un grand intérêt et on s'aperçoit souvent que le surnom familial arrive à traverser les siècles.

Dans la liste de surnoms assez pittoresques qui suit , nombreux ont encore une certaine résonance de nos jours :

Nota : cette liste de surnoms Verdunois ci-dessous (dont nous avons respecté l’orthographe) ne se veut pas exhaustive. Elle a vocation à être complétée au fur et à mesure. Son but est de préserver la saveur locale. Si vous voulez suggérer d'autres sobriquets (plus contemporains) n'hésitez pas à nous contacter :

Alzieu: baqué, besiade, boulzen, bribes,brivos, cargnierat, carot de hierot, chiché, couchiou, de labanatte, labouane, lardeur, laspazette, margot, mounet, péchés, petitou rétrucaïre (retrucairo), seguéla, sicard, tique.
Anglade : del balent, la miclosse, senconadel. Arabeyre (arabeire) : laitiu, laspecio.
Augé : maragne. Authié (authier) : barralet, cardinal, fay, pouillet, carol, foy. Balansa : courgné .
Bellet : lanton Bergé : cansalade
Bernadac : carci, fustiè, fustier, la galéro, la miclosse, lagalere, le cazenave, le fustié jeune, le fustié vieux, mourié, serres.
Beziat : lastounes. Bibes : artifouille, jangi, jean chic. Bobis (bovis) : la serre, laferre.
Bonnans : bissan, la boulangère, larcadés, larcadet, larquades, pauletou, regnié.
Bouzigue : la charpente, mulade, rouquet, terrasse. Buc : bardouil, cordonnier. Cabanne : rinrou . Campagnac : maury. Canal: beillou, bert, lepirou, lespazette, pape, pedret, perou, peyre, rousset. Caralp : lepipier, rimon, tantet. Carbonne : régalat. Carp : carraillot. Caugne : pedane. Cerié : larose. Charpentier : parisien.
Claverie : delprat. Costeseque : barraquet, latute, patate. Dassit : serrot. Dejean : lique Demaux : querei Douère : payaireguille
Doumens : bazac, cairot, cairot masou, caury, cayrot, clamens, dempérat, guerre, jay, jean rey, jouany, la brècho, la luzenaque, la terme, landribat, laquine, lazinzette, le rat, lendrive, lheret, l'hirol (lirol), marti, marty, petit rouzaud, petité, rey, rouzaud, saraille, talis, touzat.
Dunac: monlong, pintre. Dupont : secraitaire. Esquirol : micou. Fauré : tarascou, tarascounat, trascou. Ferran (ferrand ): la minoune, la teste, girgou, jirgou, ritou. Flouraud : regnier.
Fournié : genat, legénat, maréchal, pagnère, paguere. Gardes : labet. Gasquet : colin.
Gondal : labazaque. Jauze : patané. Labeur : coulsoune ou coulzoune, le roi. Lafaille : baudet, laréclat ou larreglat, péchou. Lamote : mirail. Loubat : balent. Marcailhou : rouget.
Marty : runicou. Matte : landourra, maillé.
Miquel : baluste, barrachot, barrestiol ou barustiol, bataste, bobis, cabirol, cabirou, collonel ou corronel, de las monges ou las monjos, de noué ou noé, émile, janou, jeune, la ruffe ou larufo, marsal, moungeart, pécaigne ou pequeyno, peyrette, ramounetou, rouzaud, rullet.
Mourie : latourloque, marsalot, rebex ou del rebex, sarraille, lardan ou lardeau ou lardeur, picarol.
Noël (nouel) : bourrombil, gabachou. Nogué : peyrot. Nougarol : Leroy. Papy: laréclat.
Portes : gentillet. Rauzi (rauzy) : del soullat, minet, rousseu. Regnier : labenaro.
Roque (roques) : fillol, la talpo. Rouan : lancat, trauquet. Roubi (rouby): cardinal, cart.
Rouzaud : cardairé, rabatol. Sabatier : pifail. Sans : gascou. Sarda (serda) : dappy ou d'apy.
Serene: courtes. Sibat : lantone. Sicard: margaridel. Soula: prince. Soulé : largentin ou largentou ou argentinot Soulié : perdeguil. Uguet : tabaquayre. Vibes : jean chic.

Au début du 18ème siècle, il existait donc plusieurs dizaines de sobriquets à Verdun. Et on connaissait plus les gens sous leur surnom que sous leur nom d’état civil. Difficile d’y échapper.
Pendant longtemps, à Verdun, chacun était affublé d’un surnom. Et il ne fallait pas grand-chose pour que l’on vous invente un sobriquet. Un attribut physique, une expression malheureuse ou rigolote, une attitude particulière...Tout était bon pour que vous changiez de nom.

Si ces sobriquets n’étaient pas l’apanage des Verdunois, il faut tout de même reconnaître qu’ils étaient légion en Ariège encore au début du 20ème siècle. Seuls, aujourd’hui, les anciens s’en souviennent.
Généralement ils se transmettaient pendant plusieurs générations et finissaient par s'éteindre. Cependant, certains persistaient, s'ajoutant peu à peu au nom véritable et parfois les remplaçaient au bout d'un certain temps.


Heu désolé, avec le nom de l'enfant, Il me faut aussi le sobriquet de votre choix !


Les noms de personnes ont leur histoire et la manière de nommer les personnes a beaucoup évolué à travers les siècles.

Tout au long de notre histoire, on eût recours à des noms pour désigner les individus qui composaient une société. Toutefois, les règles régissant le choix des noms ont varié au cours des siècles. Ainsi les noms de famille, issus de la tradition orale se sont fixés lentement jusqu’à devenir des patronymes héréditaires.
Voici donc ci-dessous une petite vision des origines et de l’évolution des patronymes français au cours de plusieurs siècles d’histoire.

Dans la plupart des civilisations antiques, un seul nom servait à désigner l'individu. Ce nom restait attaché à la personne de sa naissance à sa mort, sans être toutefois héréditaire.
Seuls les Romains utilisaient un système de trois noms : le prénom, le gentilice (nom du groupe de familles) et le cognonem (surnom, devenu nom de famille). Cependant, les gens du peuple ne portaient en général que deux noms : le prénom et le cognonem.
Avec l'expansion romaine, le système à trois noms s'est étendu sur tout l'Empire et notamment la Gaule.
Les invasions barbares du 5ème siècle détruisent l'Empire romain d'Occident et font disparaître le système à trois noms de la Gaule.
En effet, les populations adoptent alors la coutume des vainqueurs, qui était la leur avant l'arrivée des Romains. Il ne portent désormais qu'un nom individuel, qui ne se transmet pas d'une génération à l'autre. Ce système va perdurer jusqu'au 10ème siècle.

C'est en effet au 10ème siècle que le processus de création des noms de famille s'amorce. Face aux problèmes engendrés par un trop grand nombre d'homonymes, le nom individuel est peu à peu accompagné par un surnom. Avec l'usage, ce surnom tend à devenir héréditaire. Ce phénomène se rencontre d'abord parmi les famille nobles, puis s'élargit à l'ensemble de la population à partir du 12ème siècle.

A partir du 15ème siècle, un long processus de fixation des noms de famille s'amorce. Par ailleurs, le pouvoir politique s'intéresse à la question et réglemente progressivement l'existence des noms de famille.
En 1474, Louis XI interdit de changer de nom sans une autorisation royale.

En 1539, François 1er promulgue l'ordonnance de Villers-Cotterêts. Celle-ci rend obligatoire la tenue de registres d'état civil ; « les registres paroissiaux ». Cette tâche est confiée aux curés, le Clergé constituant la seule « administration » présente dans tout le royaume. En fait, la décision royale officialise et généralise une pratique déjà en usage depuis le siècle précédent, principalement dans les villes.

Avec la Révolution française, la tenue de l'état civil quitte le cadre de le paroisse. Elle passe désormais dans les attributions de l'État et se fait à la mairie de chaque commune.
La loi du 6 fructidor de l'an II (23 août 1794) interdit de porter d'autre nom et prénoms que ceux inscrits à l'état civil sauf s'il permet de différencier deux personnes d'une même famille.. Cependant, le Conseil d'État peut autoriser un changement de patronyme (ils sont actuellement environ 800 par an).
Avec la loi du 11 germinal an XI (14 avril 1803) et l'instruction du 21 septembre 1955, le surnom peut alors être notifié dans les actes d'états civils, si une confusion entre deux personnes est possible. Le surnom, à l'origine donc des noms de familles, a toujours existé et a toujours été utilisé.

En 1870, l'apparition du livret de famille fige définitivement l'orthographe de tous les patronymes.

En résumé, le nom de famille est un "mot" attribué à une famille pour la distinguer des autres familles qui composent un groupe social.
A lui seul, le nom de famille ne permet pas de distinguer un individu d'un autre à l'intérieur d'une même famille, d'où l'on procède à l'adjonction d'un prénom et voir parfois d’un surnom.

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" Ceux qui renient leur surnom ont oublié d’où ils sont nés, d’où ils sortent "


Texte : Robert-Félix Vicente
Ancien Président de l’Association
de Sauvegarde du Patrimoine Verdunois








La spoulga de Verdun

 Sur les 200 grottes recensées dans la vallée de la haute Ariège, 7 voir 8 on été fortifiées et occupées au Moyen Age.
Ce sont les historiens locaux (A. Garrigou le premier) qui, au siècle dernier, s’intéressant au grottes fortifiées de l’Ariège leur donnèrent le nom de « spoulga ». Ce nom, contraction du latin spelunca, signifie seulement grotte dans les actes médiévaux qui emploient aussi cauna, spelonca, espulga ou espugue.
On en trouve dans les montagnes d’Europe Centrale et Méditerranéenne, ainsi qu’au Proche-Orient, mais elles sont particulièrement nombreuses dans les Pyrénées Espagnoles. Elles le sont beaucoup moins en France où l’Ariège, qui en possède une douzaine, doit être la contrée la mieux pourvue, sans doute à cause de cette proximité.


La spoulga de Verdun qui n’est mentionné qu’une seule fois , en 1213, faisait certainement partie des possessions de la famille de Château Verdun, dont le château en ruine se dresse toujours en amont sur la rive gauche de l’Ariège, et comme beaucoup de forteresses méridionales, elle était partagée par plusieurs coseigneurs que l’on voit, du XIII au XIVème siècle , rendre hommage pour elles à leurs suzerains, les comtes de Foix.
Il faut en effet attendre 1213 pour voir apparaître certaines d’entre elles dans l’acte de soumission que le Comte de Foix livre à Pierre II d’Aragon avant la bataille de Muret.
La spoulga de Verdun se situe sur le flanc nord-est de la montagne du Quié, dont les pentes abruptes et calcaires dominent la vallée de l’Ariège sur sa rive droite. Ce qui permet d’ailleurs de lui attribuer une fonction de surveillance de toute la vallée de l’Ariège et de la confluence avec l’Aston, fonction logique pour une spoulga.
C’est donc un ouvrage du Moyen âge central, désuet à la fin du XIII siècle et qui n’a pas grand chose à voir avec l’habitat en vallée de Verdun.
La grotte fortifiée de Bouan, qui s’ouvre au pied des falaises de la rive gauche est la plus grande et actuellement la mieux conservée.
Quand presque 60 ans plus tard (1272), les officiers royaux viennent enquêter pour connaître les limites exactes du Comté, ils citent encore les fortifications troglodytiques de Bouan, Ornolac et du Soulombrié. Les autres abandonnées, s’enfoncent dans les ténèbres de l’oubli et connaissent une ruine précoce.
Et ne seraient connues que de quelques amateurs de vielles pierres s’il n’y-avait eu le trésor.


Texte et crédit photo : Robert-Félix Vicente

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Le trésor de Montségur

Le trésor !

Le trésor « introuvable » de Montségur n’est pas un mythe … ce n’est ni la toison d’or, ni le Saint Graal, ni le trésor des Templiers de Gisors ou celui de Rennes le Château.
C’est une rondelette somme d’argent sonnant et trébuchant qui a bel et bien existé. Non point à titre de « trésor des Cathares » comme s’obstine à le faire croire encore une bonne partie de la littérature para-historique consacrée à Montségur, mais au moins à titre de trésorerie de la communauté religieuse installée sur le Pog à partir de 1232.

Comme la plupart des familles seigneuriales, les Durban, les Miglos, et les Usson, les Château Verdun étaient cathares.
Les attaches de toute la famille des ChâteauVerdun avec l’église Cathare sont assez patentes pour qu’on puisse accepter la déposition faite devant les inquisiteurs de Carcassonne par le sergent Imbert de Salas, l’un des rescapé du siège.. que c’est dans une grotte fortifiée du Sabarthez - dont nous ignorons malheureusement le nom – gardée par l’un d’entre-eux, Pons Arnaud, que furent évacués de Montségur vers la Noël 1243 , « l’or, l’argent, et une quantité infinie de monnaie ».
C’est certainement la déposition qui a fait couler le plus d’encre puisqu’elle concerne le trésor de l’église cathare de Montségur.
Ce Pons Arnaud, châtelain du Comte de Foix, était un neveu de Pierre Roger de Mirepoix - chef de la garnison de Montségur - , le fils de sa sœur parfaite Serena.

L’hérétique Mathieu et le diacre Pierre Bonnet n’ont pas emporté tout l’argent de Montségur. On peut dire, après tout qu’ils n’ont emporté que ce que deux hommes étaient capables de transporter, et de transporter dans des conditions somme toute inconfortables et périlleuses, en hiver et dans un pays fort montagneux. En tous cas ils laissèrent à Montségur un important numéraire.

Fort plausible est l’évacuation de ce trésor afin de le mettre en sécurité, surtout après la prise par les assiégeants du Roc de la Tour. Tout à fait plausible que le trésor ait été caché provisoirement dans uns spoulga, une grotte fortifié du haut Comté, tenue par un bon croyant cathare, membre lui même, par alliance, du clan seigneurial de Montségur.

Dans un dernier acte , quatre témoins sont là pour nous dire que dans la nuit du 15 mars qui précéda le bûcher, 4 parfaits s’évadèrent du castrum par le précipice aux moyen de cordes.
Arnaud Roger de Mirepoix nous indique « que cela fût fait afin que l’église des hérétiques ne pût perdre son trésor qui était caché dans les bois ». C’est la seconde phase des opérations de sauvetage du trésor.
Bérenger de Lavelanet, nous dit que les 4 évadés de la dernière heure allèrent à Caussou, peut-être par le Col de la Peyre, puis à Prades d’Alion et de la à Usson, ou ils retrouvèrent, Mathieu, celui-là même qui avait évacué le trésor vers la Noël.
Avaient-ils récupéré ce trésor au cours de leur périple de Montségur à Usson ? Certes, rien ne permet de l’affirmer, mais on ne peut quand même manquer de penser que tout cela était bien organisé.


Mais quel fût le cheminement réel du trésor ?

Il quitte le Pog en pleine nuit à travers les lignes des gens de Camon.
Est-il passé par le Col de la Peyre ? Bien que le périple se situe en hiver , ce col reste le point de passage d’usage très ancien utilisé pour passer du Pays d’Olmes à Lordat ou Caussou dans la haute vallée de l’Ariège. C’était la voie normale, la route des voyageurs et des marchands. Donc certainement aussi très surveillée. Surveillée par qui ? Des compatriotes complices !.
Les Hommes de Camon ont bien aidé les deux compères à passer les lignes des croisés en leur indiquant le chemin le plus sûr, alors tout redevient possible.
Mais, est-ce bien dans la logique de la gestion de l’évacuation du trésor, à notre humble avis non.
Non, car une fois arrivé à Lordat ou Caussou, pourquoi repartir en aval de la Vallée pour l’y déposer dans une spoulga des Château Verdun, alors que l’on sait qu’il transitera en toute sécurité par le pays d’alliou à Usson.
Ils ont donc cheminé hors des routes passantes. Par le Fourcat, Col du Han , de Cadène, Appy, Girabal, St Barthélémy… ? Passages autrement plus difficiles d’accès et c’est toujours l’hiver !
Même, si cet hiver là fût exceptionnellement doux car à priori aucun témoin ne fait allusion à la neige ou au froid.

Soulignons pourtant que les passages par le Col de la Cadène ou celui du Han, au dessus de l’actuelle station de ski des Monts d’Olmes sont déjà attestés au XIII ° siècle.
Alors, pourquoi pas direction Cazenave et la vallée satellite perchée du chemin de la « corniche »- qui à l’époque permettait de contourner le péage de Tarascon – pour aboutir à la spoulga du Soulombrier. Spoulga qui surveille la dite route des corniches à deux heures de marche de Caussou, et delà par le col de Marmare , Prades , le col du Pradel et de Pailhères aller au château d’Usson.
A Usson , où les 4 évadés de la dernière heure se retrouvèrent en lieu sûr, aux côtés de Mathieu qui les avaient rejoints en chemin. C’est une hypothèse très probable !
Mais, problème, à priori cette spoulga se trouvait en dehors du territoire de la Châtellenie de Pons Arnaud de Château Verdun.
Autre hypothèse et pourquoi pas par : Montferrier – Frémis – Armentiere – Tragine – Labat – Col de Rouy – Croquié – Arnave – Ornolac – rive gauche de l’Ariège et Verdun.
Parcours légèrement plus long, dans l’ensemble sûr et moins difficile.
Sur la foi des sources connues personne ne peut authentifier la grotte fortifiée tenue par Pons Arnaud.
Alors, sans aucun délire pourquoi ce trésor ne fût t’il, comme dit plus haut, mis provisoirement en sécurité dans la spoulga de … Verdun, tout simplement, parce qu’elle se situe sur le territoire de l’ancienne châtellenie de Château verdun.
Rien bien sûr ne permet de vérifier qu’il s’agit bien de la spoulga de Verdun ou d’une autre, comme celle de Bouan. Bouan n’est pas citée en 1213 ! Mais elle peut déjà exister en 1244.
Et si le trésor n’était jamais parvenu à l’intérieur de la spoulga tant recherchée ! S’il avait été tout simplement caché dans une forêt du Pays d’Olmes ou non loin d’une grotte fortifiée du Sabarthez.

Enfin, si l’on ne retrouve aucune trace écrite du passage dudit trésor à Usson tout porte à croire qu’il prit le chemin de la Lombardie, afin de soutenir les derniers réseaux cathares occitan en exil. Alors ce n’est plus la peine de le rechercher dans les spoulgas de Haute Ariège et encore moins à Lombrives !
Il reste des énigmes de l’histoire qui peuvent encore nous faire rêver.

…Jadis, Le trésor de l’église cathare de Montségur est passé à Verdun…

Texte  : Robert-Félix Vicente et crédit photo : recherche en cours !
 


L'église Saint Blaise

 A 580 m, blottie sur les contreforts du massif calcaire du Quié, près du ruisseau des Moulines à l’ombre de grands tilleuls, apparaît l’église romane de Verdun.

Chronologie historique d’une église plusieurs fois sauvée d’importantes innondations (à compléter)

On trouve la première mention du village de Verdun en 987/988, lorsque le comte de Carcassonne, Roger le vieux et sa femme Adalaïs, donnent à l’abbaye St-Volusien de Foix la « villae de Verdun... ».
Et l’on peut penser que l’église sous le vocable St-Blaise – ou tout moins la première – existait tout comme le village avant cette donation.

Possession des chanoines de St-Volusien de Foix dés le XI° siècle, elle est citée pour la première fois en 1104 d’après un mémoire du XVII° siècle, année où une vingtaine de recteurs (curés) du pays décidèrent d’ériger leurs paroisses en prieurés de la dite abbaye .
Au nombre de ces curés, à côtés de ceux de Bouan et Vèbre, figurait celui de Verdun , Simon Ginestyie.

On retrouve notre église dans la Bulle du pape Honorius III de décembre 1224 qui jette l’interdit sur le Sabarthès et, qui confirme les biens et droits de l’abbaye de St-Volusien ; «…de Saint-Benoît de Cubeleca jusque à l’église de Sainte Quitterie et de l’église de Turri jusqu’à celle de Merens : l’église de ………,… : l’église de Verdun avec ses dîmes,…».

Le tribunal d’inquisition présidé par Jacques Fournier, évêque de Pamiers siégea dans le village même de Verdun le 11 mai 1320.
Le tribunal entendit le 12 septembre 1320 contre Arnaud Tisseyre de Lordat, le témoignage de Guillaume Castel, vicaire perpétuel de l’église de Verdun.

Dans les comptes de procuration des Pouillés du diocèse de Pamiers de 1375, on relève que le prieur de Verdun reçut en cadeau de la part de l’évêque deux paires de souliers.

En octobre 1551 , Jean de Barbanson, évêque de Pamiers trop jeune et peu qualifié délégua Jean de Régert, docteur en droit, chanoine honoraire, vicaire général du diocèse, pour procéder aux « visitations et inquisitions ». Celui-ci, visita le 6 octobre, l’église de Verdun, en présence du Vicaire : Antoine Capdeville , des prêtres André Ralhat et Jean Moron et des fabriciens jeanot Anglade et Barthélémy Nogarol .

En l’absence, en notre connaissance, de documents d’archives et de références, on ne sait ce qui se passa à Verdun aux XV° et XVI° siècles et, en particulier, si le village et l’église souffrirent des guerres de religion.

En 1613 de graves dégâts furent causés à Verdun par l’un des nombreux débordements du ruisseau des Moulines : « … 26 maisons furent emportées ; même l’église courut le risque d’être renversée, les morts furent désensevelis… ».
L’inondation de 1613 était commémorée dans l’église, à droite de l’autel, sur le mur de l’abside, par une stèle rectangulaire en bois ouvragé et peint portant une inscription latine.

En 1627, le nouvel évêque de Pamiers, l’érudit Henri de Sponde, se mit à visiter scrupuleusement son diocèse, le 28 octobre il découvre l’église St-Blaise de Verdun et son annexe Notre Dame d’Arniguel.

Neuf années s’étaient écoulées, le pays sortait de cette longue lutte religieuse couverte de ruines. le 26 sept 1636, l’évêque Jean de Sponde (neveu du précédent) visite à son tour Verdun et son annexe.

En décembre 1671, François de Caulet, évêque de Pamiers, visitant l’église, considéra qu’il y avait « … indécence à ce que les hommes et femmes y communient au marchepied de l’autel.. » et il interdit aussi que les fidèles «allument de petites bougies auprès des autels qu’elles brûlent parfois ».
Comme l’un de ses prédécesseur Henri de Sponde qui jugeait les curés de village « plus difficiles à soumettre que les ours des Pyrénées », il déplorait l’indiscipline de certains d’entre eux, tel celui de Verdun qui, vers 1671, quitta sans permission sa paroisse alors couverte de neige en privant longtemps ses ouailles des son ministère et des sacrements

En 1701, l’on effectue de grandes réparation à l’église, celle-ci était bien endommagée depuis 1613.

Le 23 juin 1875 une importante inondation dévasta Verdun et faillit aussi emporter l’église.

L’église qui avait été quelque peu restaurée en 1867, avant l’inondation, bénéficia de grosses réparations en 1880.

L’église de Verdun est classée monument historique depuis le 24 février 1910.



Photo USSEL en 1899 après la crue torrentielle de 1897
 

Description de l’édifice

L’église de Verdun est un des joyaux de l’art roman en Ariège. Sa beauté réside dans des lignes architecturales d’un très pur roman. Elle présente un plan basilical avec ses trois nefs à trois travées prolongées par une abside et deux absidioles à la voûte plus basse que celles des nefs et qui se détachent à l’extérieur sur un mur-pignon.

Dans l’abside centrale se tient l’autel majeur. La voûte de la nef dite en anse de panier, est contrebutée par les voûtes en quart de cercle des deux nefs latérales. Nous retrouvons là le modèle sur lequel a été bâti Saint Sernin de Toulouse.
Les deux absidioles, communiquent par une arcade avec la grande abside. La voûte de l’abside est beaucoup plus basse que celle de la nef et elle est très surbaissée.

Elle garde encore l’empreinte d’un décor en bande lombarde, son chevet est orné d’une suite de petites arcatures qui rappellent le style du premier art roman méridional. L’ensemble de l’édifice est tout entier en pierres de petit appareil à peine dégrossies.

Autrefois, un clocher carré, formant porche au rez-de-chaussée, s’élevait au devant la façade. Il se terminait au dessus de la toiture de l’église, par deux étages de fenêtres cintrées, et par un dernier étage percé sur chaque côté de quatre arcades, reposant sur un chapiteau long et épais supporté par une colonnette unique. Il présentait donc une assez grande analogie de forme et de décoration, sinon de position, avec celui d’Axiat. Mais il s’est malheureusement effondré aux trois quarts, et il ne reste que la façade orientale.

L’église conserve sa belle allure romane malgré des reconstructions importantes consécutives aux inondations qui l’endommagèrent gravement au XVII° siècle et surtout en 1875.
Le souvenir de la catastrophe de juin 1875, qui rappelle les anciens phénomènes géologiques, de ce déluge comme on dit dans le pays, se trouve sur deux inscriptions sur marbre noir placées sur le mur de fond de l’église, de chaque côté de l’entrée. L’une de ces plaques pour perpétuer la mémoire de ce tragique désastre et l’autre concernant la visite du 2 juillet du Président de la république, le maréchal de Mac-Mahon, qui vint porter aux malheureux inondés les consolations et les aumônes de la France entière.


Anno 1875 juni die 23
E nostris heu ! Septuagenta et unus perierunt
post nives in montibus et nimiam pluviam
aquis rupti lacus subito immersi,
aut collapsis rupibus intra domos obruti.
Pas super illis



Traduction :
Le 23 juin 1875
Pitié pour les nôtres ! 71 sont morts
après des neiges sur les montagnes et des pluies excessives,
ou bien noyés subitement par les eaux d’un lac rompu ou
encore ensevelis à l’intérieur de leurs demeures par des roches amoncelées.
Que la paix soit avec eux.


Anno 1875 juli die 2
Post clades nostra.
D.D. De Mac Mahon Republicae Praeses
cum comitatu suo hunc vicum benignè visitavit,
optulando omnibus oppressis.
Grati animi memoria




Traduction :
Le 2 juillet 1875
Après nos malheurs,
Mac Mahon, président de la République,
avec sa suite a bien voulu visiter ce village
en apportant son soutient à tous les sinistrés.
En souvenir de notre reconnaissance.

Texte et crédit photo : Robert-Félix Vicente


La chapelle romane d'Arniguel

 Que de temps, nous sépare du moyen âge dans le Haut pays de Foix. Etre parti à sa recherche, ce fut voir que sa mémoire nous attend, quelle est parmi nous. Et sur les traces de la vieille communauté d’Arniguel, nous aurions voulu rencontrer les hommes et femmes de ce temps jadis, dont nous nous sentons bien proches aujourd’hui.

Il y a parfois des prétextes qui poussent à la découverte d’un terroir et de vieilles ruines oubliées depuis si longtemps.
Je désire par une forte pensée et surtout par ces quelques investigations, à vous, Verdunois ou promeneur de passage, faire découvrir la pauvre église d’Arniguel, qui depuis son abandon à la fin du XVII° siècle ne veille plus, la haut perchée sur la route des corniches (D.20), que sur un carrefour de chemins de randonnée, d’un orry et des restes d’anciennes bordes.

Mal connue des Verdunois, Notre Dame d’Arniguel, s’isole à l’amont de Verdun à plus de neuf cent mètres d’altitude, dans un repli de la montagne de Tabe sur la soulane de l’Ariège en direction de Senconac. Là, au carrefour de plusieurs chemins, jadis inondés de lumière et de vie, l’on bâti un sanctuaire dédié à la vierge. C’est un petit édifice à une seule nef suivi d’un chœur et d’une abside, qui est, aujourd’hui, en partie ruinée et a certainement, dans sa fin de vie, servi de grange.

Localisée : Section B – n° 425 du plan cadastral et d’une contenance de 65 CA elle est la propriété de la famille AUGE de Verdun, depuis 1860.
Dimensions intérieures :
longueur totale : 10 mètres, dont 5 m.50 pour la nef et 3 m pour le choeur.
Largeur de la nef : 3 m.90 ; du choeur : 3 m.40 ; de l’abside : 2 m.70.
Hauteur sous voûte de la nef : 4 m.90 ; du choeur :4 m.60 et de l’abside : 4 m.25.
Et pourtant, elle nous charme encore, et toujours plus, par son isolement la vieille église romane !

Et surtout, l’on s’interroge tant sur son passé.

Comme, il est périlleux de s’aventurer dans des subtilités étymologiques, nous n’expliquerons point, l’appellation « Arniguel » de l’église qui nous occupe. Mais, parmi les hypothèses , l’on pourrait y voir le nom d’un des fondateur de la petite paroisse – Arn-aud Guillem – de la famille des Château-Verdun.
Ce pays, aujourd’hui, endormi et vide de sa substance sous l’effet de la révolution technique et industrielle, connu certainement une véritable surcharge de population. L’Eglise, longtemps urbaine, s’attacha à partir du IV° siècle à conquérir les campagnes. C’est dans ce contexte que furent créées les premières paroisses rurales.
Un peu partout après le tournant du premier millénaire, on assista en Occident à une accélération extraordinaire du rythme de construction des bâtiments religieux.
Le pays se couvrit d’un « blanc manteau d’églises », sanctuaires, qui eurent un fort pouvoir d’attraction vis à vis des populations agricoles.

Chaque vallée, surtout en montagne, avait sa vie autonome et, comme le notait, Michel Chevallier : « … les terroirs montagnards ne constituaient donc pas, pour les premières populations agricoles, la zone répulsive qu’ils sont aujourd’hui à nos yeux … », lieux difficiles, où les conditions de vie sont rudes.
Les montagnes servirent, de tous temps, de lieu de refuges lors des invasions barbares, et on peut noter, que presque tous les villages actuels existaient déjà dès le haut Moyen Age, ceci, avant que ne s’amorce le grand essor démographique du XII° siècle.
L’expansion de l’art roman dura du X° au XII° siècle et, depuis, bien des choses se sont passées. Si, Notre Dame d’Arniguel a perdu, en partie, son allure romane, elle conserve toujours une part très obscure de l’histoire Verdunoise , car nous disposons très peu d’éléments sur les premiers temps de cette église.
Dans son étude sur les églises romanes, Robert ROGER : « …il y a impossibilité absolue de fixer la date de nos églises romanes. La manière de bâtir fait souvent paraître les monuments plus anciens qu’ils ne lesont en réalité… ».

La chronique au XV°siècle, du fuxéen Arnaud Esquerrier, fait état de la donation en 987, du Comte de Carcassonne, puis de Foix, à l’abbaye de St-Volusien de la « villae de Verdun.. ».
Le terme « villa » terroir d’une communauté, est le premier élément de définition géographique d’un bien, aux limites très anciennes souvent reprises par les paroisses rurales.
Le 25 janvier 1075, le Comte de Foix Roger II, fît don à l’abbaye de Cluny, de tout le Lordadais : « …du ruisseau de stampe au col de marmare, de …., d’Albies à Sourdeing… »
A partir de 1149, on assista à plusieurs ventes et donations de la part des seigneurs du Sabarthés en faveur des Hospitaliers de St-Jean de Jérusalem, parmi ces terroirs on trouve : Capoulet, Niaux……, Sourdeing et verdun.

Un jour de l’année 1220, Guillem et Arnaud Raimond d’Arnave vendent tous leurs biens situés au village de Sourdeing.

En 1224, Le pape Honorius III, jette l’interdit sur le Sabarthés, et confirme les biens et droits de l’abbaye St-Volusien : « …de Saint-Benoît de Cubeleca jusque à l’église de Sainte Quitterie et de l’église de Turri jusqu’à celle de Merens : l’église de ……… : l’église de Verdun avec ses dîmes …», mais, il n’est fait aucune allusion à l’église d’Arniguel !

(La dîme, était l’impôt prélevé par l’église sur le produit brut de l’agriculture et destiné à l’entretien du clergé paroissial, des édifices du culte et à la charité).

Dans le même texte : « … pour ce qui est des terres nouvellement défrichées que vous cultivez de vos mains ou à vos frais, de même que vos produits de vos troupeaux, nous ne voulons que personne en prélève la dîme et en extorquez la moindre partie …».

Si en amont de Verdun, il y avait bien le hameau de Sourdeing, les sources documentaires, concernant notre sujet, restent muettes jusqu’à la fin du XIII° Siècle.
En effet, il faudra attendre la rébellion du comte de Foix en 1272, pour obtenir la première mention d’Arniguel, contenue dans l’enquête royale sur les limites du Sabartès et sur ses châteaux : « …Vallis de Verduno, cum villis de Arhnaguello, de Sorzenh (Sourdeing), de Verduno,.. ».
Comme on peut le remarquer, rien ne fait référence à la paroisse dotée d’un prêtre et d’une église, mais on peut le sous entendre, car la plupart de celles ci furent créées dans les limites des vici ou des villae de l’époque gallo-romaine. Comme toutes les autres paroisses du Comté de Foix, Arniguel dépendait et ce, jusqu'à la fin du XIII° siècle du diocèse de Toulouse.
Puis à partir de 1295, le pape Boniface III partagea le grand diocèse toulousain, et nomma Bernard Saisset, comme premier évêque du diocèse de Pamiers.

La vie de notre petite paroisse continua t-elle au cœur de la vallée satellite du val d’Ariège ? Certainement, mais nous ne possédons aucune piste documentaire assez fertile pour en faire écho.

En 1551, après les carences des prélats du début du XVI° siècle, le roi Henri II, exhorte les évêques du royaume, à faire la visite des églises de leur diocèse. Jean de Barbanson, évêque de Pamiers, trop jeune et peu qualifié, délégua à sa place, Jean de Régert, vicaire général du diocèse pour procéder aux « visitations et inquisitions ».
Celui-ci, visita le 6 octobre, l’église de Verdun, puis le même jour : Ornolac, Ussat et Lugeat, Sabart et enfin Arnave. Mais dans son cheminement, Arniguel n’apparaît point, tout comme d’autres églises de la corniche.

Certains historiens contemporains, ont confondu Notre-Dame de Chamarieu située entre Bouan et Albiés, visitée le 2 octobre, comme étant N-D d’Arniguel. Mais, après étude du document original, il faut lire N-D de ChâteauVerdun, suite à une mauvaise transcription du secrétaire-scribe de l’époque).
D’après, Cl. Pailhés, en 1559 : « …il y avait 268 prêtres pour les 72 paroisses du Comté, dont 30 à Foix,.. », mais on manquait de vicaires en montagne.

En 1562, débute l’époque trouble des guerres de religions.

Et, si, des guerres Albigeoises à la Réforme et plus tard à la Révolution, aucun élément nous permet de faire revivre ce terroir, il vécu, certainement, les malheurs et les maladies contagieuses qui suivent souvent les guerres. La peste « le maïchant mal » ravage le pays en 1586, 1608 et surtout 1631.

Et aussi, parmi les fléaux de la nature ; les inondations qui rendaient improductifs les meilleurs fond de terre, emportant aussi, hommes et habitations. Le chanoine Labrousse, dans un article de 1892, attribue avec certitude, la désertion du hameau d’Arniguel à la crue torrentielle de 1613.
Crue, qui en effet emporta : « … vingt-cinq maisons de Verdun ; même l’église (St-Blaise) courut risque d’être renversée et les morts furent désensevelis et beaucoup de pièces de terre furent entièrement ruinées… A Bouan, un berger disparut avec le troupeau de moutons qu’il gardait… ».
Mais, malgré ces quelques pistes, rien nous permet d’attester cette totale désertion (voir les visites pastorales de 1627 et 1636).

En 1627, Le nouvel évêque de Pamiers, le grand érudit Henri de Sponde, se mit à visiter scrupuleusement son diocèse et, à parcourir à cheval et souvent à pied les montagnes, où les octogénaires mêmes, ne se rappelaient pas avoir vu un évêque. Lui qui ramena à la foi, et convertit jusqu’à des brigands, qui se réfugiaient dans des grottes, trouva, lors de sa visite du 28 octobre, l’église de Notre Dame d’Arniguel : « … sans porte et l’autel dicelle sans aucuns ornements avec le cimetière tout ouvert …».
L’église était, déjà à cette époque, dans une situation misérable et proche de l’abandon. Henri de Sponde accéda à la demande des habitants qu’on leur accordât un vicaire attaché à leur église mais précisa qu’il serait logé à leurs dépens et payé moitié par eux, moitié par les fruits prenant de leur paroisse. Neuf années s’étaient écoulées, le pays sortait de cette longue lutte religieuse couverte par endroits de ruines.

Le 26 sept 1636, c’est Jean de Sponde (neveu du précédent) évêque de Mégare et en charge du diocèse de Pamiers, qui remonte à Arniguel et constate que l’église ou chapelle, était toujours dans le même état et que l’installation d’un vicaire ne s’était pas faite. D’après, Isabelle Pebay-Clottes, dans le diocèse de Pamiers, le problème de l’entretien d’un vicaire se posait d’autant plus qu’églises principales et annexes étaient souvent éloignées les unes des autres et difficiles à joindre au temps d’hiver,
Cependant il fut ordonné « … que les habitants du lieu orneront l’autel et la chapelle des ornements nécessaires pour la célébration de la sainte messe et administration des autres sacrements et aussi, qu’on la fermerait à clef et que le cimetière serait entouré de murailles.. ». A l’évidence, l’abandon du site n’est pas complet, car, l’évêque ordonne aussi : « …que le recteur de Verdun tiendra un vicaire continuellement en résidence au lieu darniguel pour y célébrer la sainte messe tous les dimanches et fêtes et y administrer les saints sacrements de l’église aux paroissiens…et que les paroissiens bailleront logement au vicaire.. ».

Il demeure donc encore une population sur le lieu. Mais de quelle importance ?
Mais, l’on peut penser que aucun vicaire ne s’installa à demeure à Arniguel, les paroissiens ayant dû être rebutés par les frais occasionnés par sa présence. Le village, habité primitivement par une population agro-pastorales, fut peu à peu abandonné pour des causes diverses.
Au dire du chroniqueur J-J. Delescazes : « .. les habitants dispersés durant les luttes sanglantes des guerres religieuses du XVI° siècle, ne revinrent pas se fixer après la pacification du pays dans les hameaux, où ils ne trouvèrent que des ruines et se fixèrent dans des endroits moins escarpés… ».

Dans la demande en réduction d’impôts présentée, sous Louis XIV, par les habitants de la Baronnie de Château-Verdun, on découvre que : « …les causes de la ruine publique dans la vallée étaient multiples ; guerre étrangère, guerre civile, passages de troupes, inondations, récoltes insuffisantes, mauvaise qualité du sol, épizootie, exagération des charges locales…». Tout contribuait à l’aggravation du mal.

La communauté, est-elle descendue, peu à peu, en fond de vallée. Ne s’est t-elle pas renouvelée.. ,… à été décimée. Tant de questions à se poser !
Mais, ce que l’on sait, c’est qu’à l’occasion des visites pastorales de 1671 et 1694, dans la région, il n’est plus question d’un quelconque passage à N.D. d’Arniguel !

Sous Louis XIV, un autre témoignage nous est apporté par Louis de Froidour, dans Le registre de la réformation générale des Eaux et Forêts, de la maîtrise particulière de Pamiers, de 1669. Il nous indique que la limite du Lordadais avec la châtellenie de Château-Verdun : « va en droite ligne au lieu appellé Larniguel ou ils nous auroint conduit proche une petite esglise fort (fort) ancienne dith Nostre Dame de Larniguel les limittes du dit Lordadais allant jusques a la ditte esglise qui reste dans la ditte Baronnie de la tout chemin par la via ou voye de las Monges droit a la peyre Crouxade qui est un grand rocher dit de Montcamp…».
Dans ce même registre, folio 81 v, on lit « …que le village de lugeat, dont il ne reste que l’église et une maison rebâtie par Teynier – trésorier du pays de foix – fût abandonné et ruiné pendant une peste qu’est arrivée il y a 60 à 80 ans, de sorte que personne ne s’y est établi.. ».

Toujours concernant l’étendue du Lordadais sous Louis XIV, à l’occasion du dénombrement du Comté de Foix, en décembre 1672 : « …et dudit roc monte tout droit à Peyre-Crouzade où est marqué une croix sur un grand roc, et de là, prenant un petit sentier appelé anciennement le chemin de las Monges,, … et dans l’eau versant de Château-Verdun, va jusqu’à Arniguel et de là, monte… ».
Alors, que dans le territoire du hameau de Sourdeing, ses habitants défrichent plusieurs arpents des bois voisins de Lugeat, celui d’Arniguel est bien tombé en désuétude, vers la fin du XVII° siècle.

Au siècle suivant, vers 1771, Langelay, géographe du roi, dresse la carte de Cassini (n° 40) et préfigure l’emplacement du hameau et de l’église ruinée d’Arniguel.
En fait, depuis plusieurs générations, les seigneurs de Château-Verdun, tout comme les habitants d’Arniguel, n’entretenaient plus de vicaire sur les pentes de Tabe.
Le bail du 16 mars 1788, accorde les fruits décimaux de Verdun, Senconac et Sourdeing en faveur du sieur François Conte de Tarascon et Gabriel Cassagne de Foix.
Dans la vieille église, aucune messe n’y avait été dite depuis des lustres, aussi, la Révolution lui régla définitivement son sort et son nouveau propriétaire la transforma en un bâtiment agricole.

Marianne Alzieu, veuve de Dominique Mourié, vendra la totalité d’Arniguel le 13 mai 1860 à Françoise Fauré, épouse assisté et autorisé de Jean Augé dit Maragne , garde particulier de Mr de Limayrac. Cette pièce de terre est vendue moyennant la somme de 180 Francs. Lors de l’établissement du Cadastre napoléonien, on relève en 1824 : Arniguel ; chapelle ruinée sur le Croquis visuel et en 1826 : emplacement granges + église.
Sur la Carte d’assemblage de 1889 : Arniguel : granges En 1889, C.Barriere-Flavy apporte cette annotation : «… Arniguel, métairie près de la petite chapelle de Sourdaing, commune de Verdun… ».

Pour conclure notre enquête, nous vous livrons deux riches descriptions de l’ensemble roman d’Arniguel, l’un par : le chanoine LABROUSSE, qui dans un article très littéraire, relate en 1892, que les ruines de l’église d’Arniguel, seraient celles de l’église de N-D de Chamarieu.

Aussi, dans sa quête de transmettre la mémoire, il nous décrit le site : « … la terre est si bien amendée qu’on y récolte encore des racines et des légumes excellents…. Quelques granges encore debout, des champs avec des murs de clôture assez élevés. L’église, encore debout, est de style roman primitif, elle a 10 m de long sur 4 m de large environ. Le sanctuaire est bâti en cul de four et n’a q’une abside, sans absidioles, différant de celles de Verdun, Vernaux et Unac. La voûte en maçonnerie est encore intacte dans le sanctuaire et assez conservé dans la nef. Absence complète de chapiteaux et d’entablement. La construction est en petit appareil et se trouve revêtue, à l’intérieur, d’une chaux aussi dure que la pierre. Il reste encore dans la nef quelques petites rosaces assez bien conservées, débris d’anciennes peintures murales. Le clocher en éventail, sans ressauts, munis d’une seule ouverture semble avoir été ajouté après la construction. Elle se trouve environnée d’un cimetière, et les propriétaires actuels, y ont pratiqué des fouilles pour y chercher inutilement un trésor caché. Les fosses, formées la plupart par des dalles, contenaient des ossements très long, recouvert de chaux ; ils ont été déposés au Nord de l’église dans une tranchée commune… ».

Et puis, en 1913, Robert ROGER , dans sa monographie des églises romanes du Pays de Foix , écrit que : « … L’église est en partie ruinée et sert de grange. Le plan, très simple, comprend une nef suivi d’un chœur et d’une abside. Les murs du chœur présentent un renforcement considérable, atteignant plus d’un mètre cinquante d’épaisseur, ce qui n’est nullement justifié par la portée de la voûte, pas même par la présence sur ce point d’un clocher-arcade, car il ne semble pas qu’il en ait existé un à la façade. La construction est tout entière en moellons ou petit appareil de granit, de calcaire et de tuf. La nef et le chœur sont couverts d’un berceau plein cintre,…les ouvertures sont rares, la porte était au midi, près de la façade ouest.. une fenêtre en plein cintre est percée dans l’axe de l’abside – l’extérieur est caché sous l’amoncellement des terres glissant sur la pente du terrain- et une autre à la façade ; celle ci est rudimentaire… la petite église a conservé de nombreuses traces d’une décoration peinte : une coupe de pierre rouge ocre, sur un fond jaunâtre, avec deux rosaces également rouges, à centre blanc…».

Pour le moment, ainsi s’achève notre quête historique concernant le vieux sanctuaire, oublié du cortège d’églises romanes de la haute Ariège.

 

Texte et crédit photo : Robert-Félix VICENTE